Correspondances

Oncle Zer,

Je me souviens,  lorsque j’étais petite tu m’as offert une de tes aquarelles à Domont, un bateau qui ressemblait à ceux de papa qui l’emmenait si loin lors de ses voyages.

Extrêmement  touchée, parce que je n’étais qu’une enfant, je scrutais ce bateau dans ses moindres détails, tes coups de crayons, tes touches de pinceaux à l’aquarelle, les transparences et à force de les regarder je me suis jurée qu’un jour je dessinerai comme toi.

Merci de m’avoir guidée et accompagnée dans mes études artistiques. C’est grâce à toi mon entrée à l’Académie Charpentier puis mon intégration à l’Ecole Camondo où j’ai reçu grâce à tes amis professeurs une formation artistique si ardente, si dense et si pleine qui me suit encore aujourd’hui.

Tu me citais souvent l’admiration de tes maîtres comme Vermeer, Corot, Boudin, Monet, Pissaro, Signac, Dufy, De Staël (dernière exposition que nous avons faite ensemble au Havre au Musée Malraux lors des 80 ans de papa).

Tu me décrivais leur acharnement  au travail du moindre détail, du motif, de l’ombre et de la lumière, des interstices, de la matière, de la profondeur et perspective afin de m’apprendre à extraire du  réel  la limpide beauté qui nous entoure et surtout de m’apprendre à comprendre ta peinture.

Toujours chercher, douter, reprendre, refaire et faire, travailler comme si toute création était un brouillon.

Tu m’as appris à être humble dans chacun de mes projets.

Lorsque nous venions te voir avec Serge cette dernière année, tu pensais de nouveau remarcher comme l’innocence d’ un enfant qui n’abandonne jamais pour arriver à ses fins et ta tête était toujours en marche.

Tu nous parlais de ce beau courant artistique qu’était le Bauhaus prônant la synthèse entre les Arts plastiques, l’artisanat et l’industrie qui te tenait tant à cœur dans tes différentes réalisations.

Tu n’as jamais lâché, sans aigreur ni apitoiement sur la vie, parfois ton esprit était dans un au-delà, tu méditais certainement… tu continuais à peindre dans ta tête les belles couleurs du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver grâce à Honorata qui veillait sur toi, ton ange gardien et puis tu es partie sereinement car tu as vécu avec l’amour des tiens.

Merci aussi Oncle Zer pour ta joie de vivre, ta gaieté, ta liberté, ton insolence, ta légèreté, ton insouciance, ton élégance reflets de tes belles toiles que tu nous laisses et qui nous prouve que tu es toujours vivant.

Aujourd’hui chacun de mes projets en mosaïque est accompagné d’ une aquarelle qui me donne un sens et qui m’illumine de ta présence.

Mathilde Jonquière

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