Portrait de l'artiste

Correspondances

Nicolas Philippacopoulos, Architecte DPLG, Artiste-Peintre, Photographe

QUELQUES MOTS POUR EMMANUEL JONQUIERE 

En Octobre 1976 je faisais mes premiers pas dans mes études d’architecture (UPA 1, à Paris), tout en chargeant mon charriot pédagogique avec mes bagages artistiques ; la peinture était déjà là, Emmanuel aussi. Avec lui j’ai “soudé” l’univers architectural avec le “feeling” du peintre.

Officiellement, il enseignait Arts Plastiques. En fait il nous proposait un champ d’action dans lequel la sensibilité, la technique maîtrisée et l’approche systématique d’un projet nous permettaient de comprendre que l’Architecture (avec A) n’est pas une simple “affaire” de construction “belle” et “fonctionnelle”; elle peut devenir la maîtrise enrichie et poétique de l’espace structuré par l’homme et pour l’homme.

Emmanuel était un maître de l’aquarelle et de la gouache, sa sensibilité était omniprésente, au moindre croquis ou exercice pour ses étudiants.

Sa maison, une perle à l’”entrée” du bois voisin, avec l’atelier à côté (construits d’une grande partie par lui-même) étaient son petit-monde qui reflétait les mêmes valeurs qu’on pouvait percevoir dans son discours. J’y étais invité et passé la nuit deux fois (et visité encore d’autres, seul ou avec mon épouse), on a joué la guitare, on a bu de l’ouzo, on a rigolé en parlant d’aquarelle, du projet de mon diplôme, d’un futur tour du Péloponnèse en Grèce…

Il était pour moi plus qu’un prof, un mentor. J’utilise très souvent son travail et son discours comme modèles dans mon enseignement, la même chose pour ma propre production de peinture et même de photographie (influencée aussi par son œuvre).

Son enseignement chaleureux et sa personnalité dynamique m’escortent sans une pause, tant que je poursuis mes pas artistiques et pédagogiques…

Ghia sou Emmanuel.
Merci.

Nicolas Philippacopoulos (Fi Nikos)
Architecte DPLG (UPA 1, Paris 1983)
A
rtiste-Peintre, Photographe
Athènes le 19 Octobre 2018

Michel Vandeputte, ancien élève de l’Ecole Municipale des Beaux- Arts de Boulogne/mer

Parler de celui qui fût durant de nombreuses années l’un de mes meilleurs amis autant que mon second père depuis mon adolescence ne saurait se dire en quelques lignes.

Zer a construit mon adolescence, m’a montré des chemins et des horizons qu’aujourd’hui encore je contemple et qui m’auront aidé à bâtir ma propre existence.

J’ai tant de souvenirs en sa compagnie, tant de fous rires et d’émotions,  tant d’émerveillements et de passions. Souvent nous refaisions le monde mais nos interminables discussions n’étaient jamais stériles et nous aidaient mutuellement à avancer, à supporter l’insupportable, à combattre la médiocrité, à toucher le bonheur parfois au détour d’une lumière qu’il savait si bien me montrer pour la capturer et la coucher de ses pinceaux sur le papier.

Je n’oublierai jamais cet homme qui a tant marqué ma vie et à qui je dois tellement.

Je t’ai aimé comme un père, comme un frère, comme un ami. Tu me manques.

 

Témoignage de Jean Loup Princelle, ancien élève

Ce qui m’est arrivé …

Au cours de leur existence, certains ont la chance de rencontrer une personne, un professeur par exemple, qui par sa personnalité et son enseignement va changer, diriger leur destin d’une manière pas toujours envisagée.

J’ai eu cette chance. J’ai eu la chance de rencontrer à 16 ans celui qui va donner un sens à ma vie professionnelle.

Lycéen, vers 12 ans, après un petit succès auprès de l’Académie du Nord dans une reportage photographique sur la ville et le port de Boulogne-sur-Mer, je voulais devenir « Photographe ». Cette perspective a trouvé confirmation trois années plus tard, après le décès de mon père, car pendant les vacances, pour aider l’économie familiale, je trouvais un petit travail d’été comme « photographe de rue » sur les plages du Touquet, Stella-plage, Merlimont (plus de vingt km de sable). Une aventure qui m’a déterminé dans ce choix.

A 16 ans et quelques mois je rentrais à l’école des Beaux-Arts de Boulogne-sur-Mer, assuré de ma médiocrité en matière d’art…

C’est là que ma vie d’adolescent a basculé. Mon professeur principal, Maître Emmanuel Jonquière me demanda, quelques semaines après le rentrée : « Vous faîtes quoi ce week-end ? ». Je n’osais lui répondre que je m’adonnais à deux sports : la course à pied (demi-fond) et le « rock and roll ». Lui faisant part d’une vague indécision, il me demanda si je pouvais venir l’aider à préparer un plafond, des murs et des portes (à laquer 7 couches) dans l’appartement dans lequel il venait d’emménager. « Sympath » comme week-ends pour un danseur… Mais c’est à partir là que j’ai appris le soin, la patience, la couleur etc… pour la vie.

Cependant, le travail (de galérien) valant récompense, le mai-maître m’a emmené pendant les vacances de Noël dans la famille de son épouse à Amsterdam. La journée nous écumions les Musées (Rijksmuséum à Amsterdam, musée Frans Hals à Haarlem…), visite guidée bien sûr, avec étude de la lumière (J. Vermeer), la composition, la couleur et  le traitement des couches (Ronde de nuit de Rembrandt) etc. Le soir, mon maître me confiait à ses neveux, lesquels m’entrainaient dans les « boites » à la mode à cette époque (Paradiso, DKU etc) pour un petit supplément d’éducation…

J’en revenais la tête dans les étoiles, mieux disposé pour les futurs ponçages …
Merci Maître. Merci Zer, Trugarez brasi Emmanuel.

Jean Loup